SO, WHO CAN AMERICA KILL ?

jeudi 24 avril 2014
par  ARB


SO, WHO CAN AMERICA KILL ? [1]


par Line Audin


La langue étrangère ne se laisse pas apprivoiser facilement. Le contresens guette le lecteur même aguerri. J’en veux pour preuve l’exemple de cet internaute [2] qui, bien qu’il maitrise suffisamment l’anglais pour lire un article du Time, se trouve tout à coup bien perplexe devant le gros titre du magazine (Time, 1er avril 2013) alors que tous les mots sont très simples. Voici la question qu’il a posée sur un forum et que je reproduis telle quelle :



When I read TIME, I found a title “SO, WHO CAN AMERICA KILL ?”. I wonder why it isn’t “SO, WHO CAN KILL AMERICA ?”. Somebody, please tell me what is expressed ? [3]


Pour se sortir de l’ornière, je vous invite à une démarche mentale plus proche du raisonnement logique que de l’application de règles grammaticales. Notre outil, c’est le ARB, un intermédiaire entre langue et réalité, conçu pour nous aider à comprendre un énoncé complexe. Je vous propose donc de m’accompagner pas à pas dans le monde du ARB pour comprendre cette question, ô combien importante, qui semblait agiter alors les journalistes américains et l’Administration Obama.


Règle n°1 : quand j‘ai un doute sur le sens d’une proposition que j’entends ou que je lis, je cherche son ARB.


Petit rappel : ARB facilite la compréhension d’un énoncé en clarifiant la relation ordonnée entre trois éléments essentiels de la réalité : A source de la relation, B son but et R le relateur.


Règle n°2 : quelle que soit la langue, pour trouver le ARB d’une proposition donnée, je cherche d’abord l’élément R. Il est en général facile à trouver car dans la langue, c’est le verbe.


Application à l’exemple : Ici le RKILL. Dans la réalité, le fait de TUER suppose toujours un TUEUR (A) et un TUÉ (B) 


A – TUER/KILL - B


Règle n°3 : dans la langue anglaise, contrairement au français, l’ordre des mots suit toujours l’ordre logique du ARB.


Application à l’exemple : Le pronom interrogatif Who peut tromper le lecteur non vigilant, prisonnier de ses habitudes en lui laissant croire que who = le tueur. Mais le lecteur qui a appris à naviguer entre langue et réalité grâce au ARB ne se laisse pas prendre. Ici A (le tueur) = AMERICA car c’est le mot qui précède KILL. Quant au B, la victime, c’est justement l’inconnue de notre relation ARB, ce sur quoi porte l’interrogation. Le journaliste s’interroge et interroge le lecteur non pas sur le fait que l’Amérique peut tuer ou non [4], mais sur qui elle peut tuer, sur l’identité de l’élément B, celui qui est visé par l’évènement. 


Voici une illustration possible du chemin que nous avons parcouru depuis l’énoncé (monde de la langue) jusqu’à sa réalité (enfin telle qu’on peut se la représenter) en passant par le monde intermédiaire du ARB. 



Maintenant à vous de jouer !


Trouvez le ARB de la question “SO, WHO CAN KILL AMERICA ?” 


Vous pouvez déposer vos réponses sur le forum.


La solution


 


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• Pour citer cet article : Line Audin, « SO, WHO CAN AMERICA KILL ? » — Enseigner les langues autrement, 2014. En ligne, URL : <http://eurouault.lautre.net/spip/sp...;;


• Si vous avez aimé cet article, vous pouvez lire aussi : Qui aime qui ?


• Pour aller plus loin : AUDIN L., 2011, Altérité et invariants, une autre façon d’aborder l’apprentissage des langues au collège, in Langues, Littératures et Civilisations de l’Arc Atlantique, EA 1925 Rives, Cahiers de l’Arc Atlantique : L’HARMATTAN, pp 97-111.



[1Je remercie Katharina, mon professeur d’allemand, pour avoir exploité cet énoncé dans un exercice de traduction destiné à sa future grammaire et m’avoir ainsi donné l’idée de cet article.

[2qu’il me pardonne de le citer, mais son erreur si fréquente illustre parfaitement la nature des obstacles à la compréhension.

[4la relation < AMÉRIQUE - TUER - QUELQU’UN > est posée comme un fait


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