Le témoignage d’un autre professeur de français

vendredi 12 novembre 2010
par  ARB



Le témoignage d’Anne Fein, professeur de français


au collège Rouault, Paris en 2009-2010 


Professeur de français nouvellement nommé dans l’établissement en septembre 2009, Anne a spontanément accepté d’entrer dans l’équipe du projet "Réfléchir et agir avec la langue". La classe de 6e retenue pour le projet a bénéficié toute l’année d’une séance hebdomadaire spécifique où interviennent au moins deux enseignants de deux disciplines différentes. Anne s’est ainsi peu à peu formée aux concepts et aux outils didactiques tels que le "Monde Intermédiaire" et le "ARB", elle a très vite pris en charge certaines séances avec l’aide d’un collègue d’une autre discipline. Elle nous parle ici des retombées des séances sur ses propres cours de français.


 

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Professeur de français d’une classe de 6e hétérogène, j’ai eu la chance, cette année, de participer avec ma classe au projet ARB qui, mettant en lumière la difficulté qu’ont les élèves à relier langue et réalité, essaie d’y apporter des solutions. En effet, la question du sens véhiculé par les mots ne se pose pas, pour les élèves, avec l’évidence qu’on pourrait supposer. Pour certains, ils utilisent les outils grammaticaux de manière purement technique et restent enfermés dans les mots de la langue sans « voir » la réalité à laquelle les mots renvoient.
 
Au tout début de l’année, dans le cadre du cours de français avec cette classe (et avant que le projet ARB ait commencé), je me suis penchée, avec les élèves sur le repérage du verbe conjugué et de son sujet, repérage indispensable à la compréhension de textes et de consignes, et à l’écriture. Les moyens mis en œuvre étaient classiques. Outre les définitions traditionnelles du verbe et du sujet, j’ai donné aux élèves des astuces techniques telles que : le verbe est le seul mot de la phrase qui peut être accompagné de la négation « ne…pas » ; pour trouver le sujet d’un verbe conjugué, on pose la question « Qui fait l’action exprimée par le verbe ? et on peut encadrer la réponse (c’est-à-dire le sujet) par l’expression « C’est…qui » ou « Ce sont…qui ». Mais, ce faisant, les élèves restaient purement dans la langue, ce qui conduisait encore à des erreurs dans le repérage du sujet, visibles notamment dans les dictées et les rédactions et lors des études de textes plus complexes au cours desquelles un certain nombre d’enfants ne comprenaient toujours pas de qui ou de quoi l’on parlait, qui faisait l’action, etc.
 
Par la suite, le projet ARB a amené les élèves à s’interroger de manière systématique sur la réalité à laquelle le langage renvoie en repérant d’abord les mots essentiels de la phrase qui désignent cette réalité. L’utilisation du dessin notamment,, pour identifier le mot essentiel d’un groupe nominal étendu s’est révélée extrêmement efficace. Les élèves, dès lors qu’ils savent dessiner la réalité énoncée à travers les mots, comprennent clairement que le mot essentiel n’est pas le même par exemple dans l’expression « une voiture de course » et « une course de voitures », etc.
 
De même, les élèves ont appris à repérer le sujet d’un verbe ainsi que le mot essentiel dans ce groupe sujet sans pour autant passer par l’analyse grammaticale traditionnelle. Ainsi, on cherche d’abord le RB (« le fait de… ») – qui correspond en grammaire au repérage du verbe et de ses compléments – puis le A (« à propos de qui ou de quoi dit-on cela ? ») – ce qui correspond à l’identification du sujet du verbe et du mot essentiel dans le sujet qui commande l’accord du verbe.
 
Grâce à cette démarche et à la mise en œuvre du principe qui consiste à s’interroger systématiquement sur le sens véhiculé par les mots et à « voir » la réalité évoquée (en dessinant, en mimant…), les élèves ont pu repérer plus aisément le sujet du verbe (et le mot essentiel qui commande l’accord du verbe) dans des phrases complexes (avec inversion du sujet ou bien contenant par exemple un reprise pronominale complément du verbe, intercalée entre le sujets et le verbe).

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