Parcours d’excellence et élitisme républicain

mercredi 13 janvier 2016
par  ARB


Parcours d’excellence et élitisme républicain : une caution institutionnelle pour maintenir un système injuste 


Line Audin [1]


[…] nous voulons élargir le nombre d’élèves qui peuvent accéder à l’excellence et donc devenir un jour l’élite de notre pays. Plus la base de recrutement de cette élite sera large, plus nos élites potentielles seront dans quelques années nombreuses et meilleures elles seront. On ne peut pas avoir le moindre doute sur ce sujet. ... [Ce dispositif] s’appuiera également sur un accompagnement solide puisque les élèves, dès la troisième, seront regroupés en petits groupes de travail d’une dizaine de collégiens, encadrés par un tuteur chargé de renforcer la maîtrise des connaissances et des compétences, mais aussi de travailler la motivation, la confiance en soi, … [2]


Ainsi a parlé Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, à l’Assemblée nationale, mardi 12 janvier 2016. Mais à y regarder de plus près, sous couvert de donner leurs chances aux élèves méritants, les parcours d’excellence ne sont-ils pas un piège qui accentue la discrimination au sein du système éducatif tout en lui servant de caution ? En effet, permettre à quelques élèves issus d’établissements REP ou REP+ d’intégrer l’élite, c’est laisser encore une fois le plus grand nombre sur le bord du chemin. Quelle équité pourrait reposer sur l’idée que seule une poignée d’élèves, les volontaires, mérite l’excellence ? Et qu’adviendra-t-il de tous les autres ?


L’Ecole de la République ne peut pas se satisfaire de dispositifs, si motivants fussent-ils, situés à la périphérie de la classe et réservés à quelques uns. Elle se doit d’offrir à tous les élèves, – quelle que soit leur origine sociale, le collège qui les accueille, leur niveau scolaire ou leur comportement – un parcours d’excellence, ou plutôt à un parcours excellent, au sens où chaque élève, pourra, dans ce cadre collectif animé par des enseignants hautement qualifiés, bénéficier d’un environnement personnel serein et du temps nécessaire pour découvrir la profusion des possibles et choisir sa voie, unique, qui l’amènera vers d’autres possibles.


A l’école, on n’a pas encore trouvé mieux que la classe pour apprendre ensemble. Alors réinventons-la pour qu’elle devienne un lieu d’activité mentale intense, de curiosité intellectuelle, de motivation pour tous les élèves, un lieu où se construisent les raisonnements logiques, les outils conceptuels, qui leur permettront peu à peu d’appréhender le monde, passé, présent et à venir, proche, lointain ou imaginaire, dans sa complexité et d’y trouver leur place au milieu des autres [3].


L’excellence pour tous est un défi pour nous tous, enseignants et didacticiens. Il n’y a pas d’autre choix possible pour l’Ecole de la République.


[1Professeur agrégé d’anglais, chargée de recherches en didactique des langues entre 1989 et 2010 (INRP-ICAR adis langues)

[2Débat du 12 janvier 2016 à Assemblée nationale http://www.assemblee-nationale.fr/1...

[3Des expérimentations pédagogiques réussies s’appuyant sur des travaux didactiques pluridisciplinaires ont montré c’était possible. Cf. les recherches sur l’apprentissage des langues conduites à l’INRP dans le département Didactique des Disciplines de l’INRP http://eurouault.lautre.net/spip/sp... et http://eurouault.lautre.net/spip/sp...


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