ESEN 26 mars 2015 : résumé de la conférence de Line Audin

mercredi 1er avril 2015
par  ARB


Contexte et thèmes abordés dans la présentation de Line Audin - 26 mars 2015 – séminaire LV ESEN


Obstacles cognitifs et langage : des outils conceptuels pour «  réfléchir et agir avec la langue » dès le cycle 3 de l’école primaire


Line Audin, professeur agrégé d’anglais
chargée de recherches en didactique des langues
entre 1989 et 2010 (INRP-ICAR adis langues)

Apprendre une langue étrangère à l’école


Un enjeu de taille pour la France...


Soumise aux pressions d’une société globalisée où une mauvaise maitrise de l’anglais est vécue comme un handicap, pointée du doigt au moment des publications des évaluations internationales, mise à mal face à la concurrence de marchands de rêve qui promettent aux parents de rendre leurs enfants bilingues sans efforts, l’école n’a pas la tâche facile. Aujourd’hui, force est de constater que, malgré l’avancement de l’âge d’apprentissage d’une langue à l’école, malgré les efforts et l’investissement des enseignants qui se sont engagés dans l’aventure avec enthousiasme, malgré le renouvellement des pratiques pédagogiques, les résultats restent en-deçà des attentes et surtout, en langue comme dans les autres disciplines, les écarts se creusent : les élèves qui relèvent de l’éducation prioritaire progressent moins que les enfants de catégories sociales supérieures.


...un défi pour la recherche


Dans ces conditions, que peut faire l’école ? Se contenter de veiller à doter tous les élèves d’un kit de survie pour communiquer en langue étrangère – essentiellement en anglais ? Ou au contraire relever un défi plus ambitieux et plus conforme aux valeurs de la République en tirant parti des spécificités et des contraintes du système scolaire pour identifier les obstacles et fournir, à tous les élèves, des outils conceptuels simples et fiables, destinés à faciliter l’apprentissage d’une langue, quelle qu’elle soit, tout au long de la vie.


Ce souci d’efficacité et d’équité a fortement orienté les recherches sur l’apprentissage des langues étrangères conduites à l’institut national de recherche pédagogique (INRP) jusqu’à sa disparition.


Des recherches didactiques au service des enseignants et de l’apprentissage des langues


Des obstacles linguistiques...


L’exploration des obstacles linguistiques auxquels sont confrontés les élèves dès les débuts de l’apprentissage a montré que ce qui fait souvent défaut à l’élève débutant, c’est unereprésentation juste du fonctionnement de la langue étrangère (LE) dans sa spécificité par rapport à celui de la langue maternelle (LM) (Luc, 1992). Ainsi, pour aborder des faits de langue essentiels pour la communication en LE, source d’erreurs du fait de l’écart entre le fonctionnement de l’anglais et celui du français, un traitement didactique innovant a été expérimenté avec succès en cycle 3 et en 6e. Sa principale originalité réside dans la nécessité de passer par la découverte du fonctionnement du français pour développer chez les élèves des compétences discursives dans la LE : approche contrastive LM-LE, articulation étroite entre démarche réflexive et pratique intensive, les dossiers pédagogiques ont été conçus comme un outil pour la classe et pour la formation linguistique des enseignants non spécialistes (Audin, 2005).


... aux obstacles cognitifs


Eclairer la logique interne à chaque langue nous décentre de notre propre langue et nous permet d’entrer dans la LE muni de procédures propres à celle-ci. Encore faut-il maitriser les principes généraux qui sous-tendent toute langue, principes considérés comme acquis et qui ne font donc pas partie des contenus d’enseignement de l’école. Hélas, le projet de recherche intitulé « De l’école au collège, enseigner/apprendre une langue étrangère en 6e  » (Audin, 2011) a révélé des obstacles imprévisibles, non décelables tant que l’apprenant se borne à utiliser des expressions apprises en bloc dans des situations connues, mais qui surgissent dès qu’il veut comprendre des énoncés nouveaux ou produire des énoncés personnels, même très simples. Les recueils de données effectués entre 2005 et 2008 autour de la notion de sujet en français et en anglais en cycle 3 et en 6e montrent qu’une bonne partie des élèves est incapable de segmenter correctement un énoncé, d’identifier qui parle, à qui, de qui, de quoi l’on parle, y compris en français. Au-delà de la simple faute de langue ou d’orthographe, ces erreurs récurrentes révèlent la difficulté à effectuer les opérations mentales indispensables à la construction du sens, en langue étrangère, mais aussi à l’écrit en français.


Comment aborder des obstacles conceptuels, irréductibles, incontournables, dont l’origine se situe bien en amont des disciplines, dans la construction des relations complexes entre langue et réalité  ?


Des outils pour aider les enseignants


A partir de quelques concepts essentiels, il s’agissait de proposer aux enseignants des procédures pédagogiques simples destinées à munir les élèves de repères stables pour aborder une langue, quelle qu’elle soit, sans risque de se perdre dans le foisonnement infini et la variabilité des formes linguistiques. Situés à la charnière du français et de l’anglais, ces concepts et les démarches qui leur sont associées font l’objet de séances spécifiques où anglais et français ont le même statut même si c’est le français qui sert aux échanges. La méthodologie s’apparente au dispositif de « la main à la pâte ». Les contenus (distinction langue-réalité, verbe et notion de relateur, ...), les mêmes pour chaque langue, ont toujours un lien étroit avec les programmes disciplinaires (repérage de l’élément essentiel d’un groupe nominal, identification du sujet grammatical et de sa référence dans la réalité,...).


Ma communication abordera les aspects théoriques et didactiques de cette approche : nature des obstacles auxquels se heurtent les enseignants et erreurs qu’ils entraînent en anglais et en français, présentation des concepts à partir de quelques exemples concrets et de documents pédagogiques en français et en anglais, impact en termes d’efficacité de l’enseignement et d’effets sur les compétences disciplinaires des élèves. 


 voir le diaporama   lire la bibliographie commentée


 


Commentaires